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Focus sur les actions en EMI

Dans une salle, deux personnes travaillent derrière un poste de régie vidéo. En face, 6 personnes participent à un débat autour d'une table basse. Plusieurs caméras les filment, sous le regard d'une jeune équipe technique.

Quelques zooms particuliers qui mettent en lumière l’originalité des membres de la FAP dans leurs approches variées et créatives de l’EMI.

Démarches itinérantes dans l’espace public, création d’une chaîne d’info en IA sur les réseaux sociaux pour aborder les enjeux contemporains des pratiques médiatiques numériques, lien professionnel et social vers l’emploi par un chantier d’insertion, diffusion et analyse d’image, ou encore rédaction ouverte, reportages et plateau télé participatif diffusé sur un canal permanent… Voilà autant d’initiatives qui dépassent le cadre d’ateliers classiques. Elles donnent à voir un panel d’expériences de pratiques participatives qui qualifient l’EMI-LE comme source d’inspiration pour ce secteur en développement et ressource pour l’ensemble de la société.

La Caravane des médias – Association Carmen (Amiens, Hauts de France, 80)

Présentation de la structure

L’association CARMEN, fondée il y a plus de 40 ans à Amiens, édite un média audiovisuel participatif d’information sociale de proximité. Elle œuvre à la fois dans la production médiatique, l’éducation aux médias, à l’information et à la liberté d’expression, l’accompagnement documentaire et la formation. Elle place l’éducation populaire, la participation citoyenne et la coopération au cœur de ses démarches.

Le dispositif

La Caravane des médias est un studio mobile qui parcourt les territoires des Hauts-de-France. À bord, une équipe composée de journalistes et d’un photographe installe ponctuellement son plateau sur des places publiques. Les habitant·es y sont invité·es à s’exprimer, débattre, analyser et créer de l’information, selon des thématiques co-construites avec les acteurs locaux. Chaque étape donne lieu à des productions audiovisuelles participatives, qui témoignent des réalités vécues et des récits locaux.

Territoires et bénéficiaires

Le dispositif se déploie dans plusieurs territoires, selon un angle spécifique, décidé chaque fois en concertation avec des acteurs locaux (expression des femmes dans l’espace public ; portraits d’habitant·es de villages ; jeunes et établissements scolaires ; ou encore « se réapproprier le récit de son territoire » en bassin minier).

Les bénéficiaires sont les habitant·es de tous âges, avec une attention particulière portée aux publics éloignés des médias.

Acteurs mobilisés

La Caravane réunit journalistes professionnels, artistes, médiateurs, acteurs institutionnels et médias associatifs locaux. Elle fonctionne en étroite collaboration avec les partenaires de terrain pour adapter son contenu et sa médiation à chaque contexte.

Intérêt particulier pour l’ÉMI-LE

Ce dispositif exemplaire articule mobilité, ancrage local et participation citoyenne. Il met l’accent sur la parole de celles et ceux que les médias relaient peu, tout en valorisant la créativité et la coopération. En conjuguant éducation populaire et pratique journalistique, la Caravane permet de comprendre les mécanismes de l’information, de développer l’esprit critique et de produire collectivement des récits médiatiques. Lauréat du prix EMI association aux Assises du Journalisme de Tours en 2023, ce projet démontre la puissance de l’EMI-LE comme outil d’émancipation et de transformation sociale.

Massi-IA News – Tabasco Vidéo (Marseille, 13)

Présentation de la structure

Créée en 1999, Tabasco Vidéo réunit quatre réalisateurs associés à Marseille, professionnels de l’audiovisuel souhaitant mettre l’image et le son au service de tous, comme outils d’expression, de participation citoyenne et de débat démocratique.

L’association agit dans plusieurs domaines : réalisation de films documentaires, pédagogiques et institutionnels ; développement d’actions audiovisuelles participatives ; animation d’ateliers d’éducation à l’image, aux médias et à l’information.

Parmi ses projets phares : 100 paroles, la télévision participative du Panier ; des webdocumentaires interactifs, proposés sous forme de parcours urbains de QR codes à arpenter à l’aide d’une application géolocalisée, développée en format libre par l’association ; Fatche !, bi-média citoyen web et papier, abordant de manière participative des enjeux locaux et de société.

Le dispositif

Massi-IA News se présente comme une chaîne vidéo sur Instagram, où s’exprime « une Intelligence Artificielle Marseillaise » (IAM !).

Filmé au smartphone, portant sur la vie quotidienne dans la ville, ce média participatif pensé pour les réseaux sociaux présente des sujets courts, choisis par les participants eux-mêmes, autour d’une actualité « froide » permettant un recul critique.

Chaque capsule adopte un format ludique et original, combinant trois types de prises de parole : un personnage fictif généré par intelligence artificielle (IA) ; des micro-trottoirs avec les habitants du quartier ; un « expert » thématique réel ou fictif, qui commente ou détourne les formats traditionnels de l’information.

Le montage met en contraste une vraie et une fausse information, pour interroger la fabrique de l’actualité et ses ressorts narratifs. La vidéo se clôt systématiquement par une invitation lancée aux spectateurs : « T’y crois ou pas ? », lançant un débat collectif à l’occasion de séances de restitution publique où les jeunes reviennent sur leur enquête, leurs choix de mise en scène, et leur démarche.

Territoires et bénéficiaires

L’objectif est de décentrer le regard, en proposant non pas un média de quartier – à proximité des data centers du Hub marseillais et du siège régional de l’entreprise de télécommunications Orange – mais un média « depuis » les quartiers, vers la ville dans son ensemble. Les thématiques abordées sont variées : transformations urbaines, transports, santé, discriminations, économie numérique, enjeux environnementaux, etc.

Les premiers participants sont des lycéens stagiaires de Seconde et des jeunes des Maison Pour Tous du centre-ville de Marseille. Ce projet donne également lieu à une déclinaison sous forme d’un autre atelier destiné à un public plus jeune : IA+K, qui travaille en amont sur la sensibilisation aux données personnelles, à la publication en ligne, et aux premiers usages informationnels sur le web, dans une approche de l’EMI ludique adaptée aux mineurs.

Intérêt particulier pour l’ÉMI-LE

Par son approche originale mêlant vidéo, smartphone, réseaux sociaux et intelligence artificielle, Massi-IA répond aux enjeux contemporains de la circulation numérique de l’info, et à l’attention et au soin qu’il convient d’accorder à ses usagers, parfois démunis face à « l’immédiateté » de ces changements technologiques rapides.

  • Adaptation aux nouveaux usages numériques : les formats courts, la diffusion sur les réseaux, et l’usage du téléphone mobile comme outil de création rejoignent les pratiques réelles des jeunes, permettant une réappropriation critique des outils qu’ils utilisent quotidiennement.
  • Expérimentation ludique de la fabrique de l’information : en confrontant des discours contradictoires et en mettant en scène la construction d’une information, les participants découvrent les mécanismes de désinformation, les effets de cadrage, de montage et de détournement, et les enjeux éthiques liés à la production de contenus numériques, notamment dans un contexte de massification de l’usage des IA génératives (chartes des médias, CGU des plateformes etc).
  • Intelligence collective et esprit critique : la dimension participative du projet favorise la coopération, le débat et la mise en commun des savoirs et points de vue. Elle encourage la capacité à formuler une pensée, à la confronter à celle des autres, et à en rendre compte dans des formes médiatiques structurées et créatives.
  • Une pédagogie dédramatisante et engageante : l’humour, la création de personnages fictifs, et l’interaction avec le public lors des tournages en rue et lors des restitutions publiques offrent un cadre propice à l’implication personnelle et à la montée en compétence progressive, sans crainte de jugement.
  • Une réponse à la fracture numérique éducative : en s’adressant également aux plus jeunes, le projet comble une zone grise entre pratiques précoces sur le web et absence d’accompagnement éducatif, notamment en lien avec la « majorité numérique » fixée à 15 ans.
  • Une réflexion active sur l’IA : loin d’en faire un simple outil gadget, le projet interroge la place croissante de l’IA dans l’information et la communication. Il permet de discuter des processus algorithmiques, des biais cognitifs et des risques de manipulation, mais aussi des potentiels créatifs, dans une optique d’appropriation responsable et critique.
Le chantier d’insertion de MODE 83 (Draguignan, 83)

Présentation de la structure

Canal.D est une webTV participative implantée à Draguignan, au sein d’un tiers-lieu. L’association conjugue production audiovisuelle, formation professionnelle et éducation aux médias, avec une forte attention aux initiatives locales positives.

Le dispositif

Un chantier d’insertion à vocation éditoriale.

Canal.D fonctionne comme un Atelier Chantier d’Insertion (ACI), articulé à une ligne éditoriale portée par un journaliste salarié, selon l’idée que produire de l’information locale avec des personnes en transition, c’est du journalisme social de terrain.

Les reportages et contenus diffusés sont produits par des personnes en transition professionnelle et par des bénévoles, dans un cadre à la fois sécurisant et professionnalisant.

Les actions s’articulent autour d’un comité éditorial participatif (avec validation par le bureau de l’association) ; de la réalisation de vidéos : sujets sociaux de proximité, films institutionnels, entreprises, contenus pédagogiques ; et des prestations de services (formations, production de vidéos) notamment pour des marchés et groupements publics, essentielles à l’équilibre économique du chantier.

Territoires et bénéficiaires

Demandeurs d’emploi en insertion (ACI) formés à l’audiovisuel ; Bénévoles intéressés par la production médiatique ; Parents et jeunes, lors d’actions EMI spécifiques (ex. conférences croisées sur le numérique).

Journaliste reporter d’images (salarié, référent éditorial) ; Collectivités territoriales (partenaires ou commanditaires via marchés publics) ; Réseaux liés à la médiation numérique et à l’inclusion (France Services, etc.) ; Parents et familles lors d’actions EMI ciblées ; Acteurs de la formation professionnelle continue et de l’insertion.

Intérêt particulier pour l’ÉMI-LE

Ce dispositif d’éducation aux médias s’inscrit dans une logique d’insertion et d’activité économique sociale et solidaire (ESS).

Il offre une expérience concrète et complète de production journalistique, mêlant rigueur professionnelle et accompagnement social.

Il présente aussi une déclinaison de l’EMI sur des formats originaux : ateliers croisés parents/enfants sur les jeux vidéo, les écrans, le numérique, avec une sensibilisation critique et participative, ouvrant sur le dialogue intergénérationnel.

Les enjeux qui ne se croisent pas ailleurs, trouvent ici à s’enrichir, entre fabrique de l’information, posture journalistique, éducation numérique, transmission inter-générationnelle, et rôle des médias locaux.

Plateau télé participatif et canal de diffusion permanent – Kanaldude au Pays Basque (Nouvelle Aquitaine, 64)

Présentation succincte de la structure

Aldudarrak Bideo est une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) basée à Bidarray, éditrice de Kanaldude, une télévision locale participative diffusée en continu (agrément de l’ARCOM), en langue basque. Née d’une dynamique associative dans les années 1990, la structure réunit aujourd’hui 27 sociétaires (salariés, bénévoles, bénéficiaires, acteurs publics) et une équipe de 10 ETP. Elle mêle production audiovisuelle, ateliers EMI, création culturelle, et valorisation du patrimoine immatériel, et participe du service public audiovisuel de la Région Nouvelle Aquitaine.

Le dispositif du plateau participatif tel qu’il se réalise concrètement

Dans la vallée rurale d’Oztibarre, Aldudarrak Bideo a initié un plateau télé participatif avec les habitants, en particulier des jeunes, et des « femmes paysannes », pour réaliser une émission locale (reportages, interviews, débats). Ce processus inclut un fort travail en amont. Des exercices préparatoires d’éducation populaire (réflexion sur la notion même d’actualité « quand il ne se passe pas grand chose en réalité », sur les rapports entre la grande et les petites histoires, locales et intimes, sur le paysage médiatique, sur les débats mouvants : « Faut-il déserter une vallée déserte » ?). Des ateliers mêlent pratique journalistique et d’éducation à l’image (ex. analyse de vidéos Lumni : « Qu’est-ce qu’un reporter ? ») ; une co-construction éditoriale : choix collectif des sujets, rédaction du conducteur, mobilisation d’invités ; un accompagnement technique et éditorial par l’équipe d’Aldudarrak Bideo jusqu’à la diffusion sur Kanaldude.

Territoire et bénéficiaires

Le projet se déploie dans une vallée reculée, territoire rural de 1500 habitants au cœur du Pays Basque intérieur, marqué par l’isolement géographique, le vieillissement de la population est un fort enjeu de transmission. Une vallée rurale avec des fermes familiales en polyculture-élevage, à dominante ovins lait – bovins viande. Les fermes sont généralement reprises de génération en génération en transmission familiale mais beaucoup restent sans suite à l’arrivée à la retraite du chef d’exploitation célibataire ou sans enfant intéressé par le métier.

Les jeunes de la vallée partent pour les études après le collège vers la côte basque (Bayonne), Bordeaux, Toulouse. Certains reviennent les week-ends pour des activités culturelles (groupe de danses basques) ou sportives (rugby et pelote essentiellement).

Les bénéficiaires sont des habitants de tous âges, en particulier les jeunes en voie de départ ou de retour, des habitants isolés ou peu intégrés, des acteurs locaux (associations, entreprises, agriculteurs, structures médico-sociales).

Ce projet vise aussi à faire lien entre générations et à créer des ponts entre anciens et nouveaux arrivants.

Acteurs professionnels mobilisés

L’animation éditoriale repose sur une journaliste d’Aldudarrak Bideo, en lien direct avec les groupes d’habitants. L’équipe technique prend en charge la réalisation et la diffusion du plateau. Le projet s’ancre dans une logique de coopération territoriale : lien avec les élus, les conseils municipaux, les acteurs économiques et culturels de la vallée. Tout s’organise souvent en direct, on reste en lien opérationnel par Whatsapp.

Intérêt pour les enjeux de l’EMI-LE

Ce dispositif ancre l’EMI dans les réalités rurales, en utilisant l’outil audiovisuel comme levier de lien social, de projection et de débat sur l’avenir du territoire.

Il permet de questionner la fabrique de l’actualité en valorisant une parole locale souvent invisibilisée.

Il favorise l’appropriation des médias par les habitants et participe à la normalisation de la langue basque.

Il donne une visibilité aux dynamiques collectives émergentes et aux récits singuliers d’un territoire fragile.

Il constitue en quelque sorte l’exercice-maître du journalisme participatif, qui combine de nombreuses étapes de préparation, réalisation et animation, jusqu’à la diffusion.